VU DE MARS

Le point de vue de l'ermite de la planète Mars.

Mes premières années de carrière d’ingénieur militaire au contact quotidien avec des ingénieurs OTAN de divers pays m’ont fait découvrir une différence essentielle entre l’ingénieur anglo-saxon et l’ingénieur français : tous deux font des études théoriques, et expérimentent ensuite le produit de ces études. Mais quand l’anglo-saxon constate que l’expérience infirme la théorie, il en déduit que la théorie est fausse. Dans le même cas, l’ingénieur français en déduit que l’expérience est fausse , son calcul (surtout informatisé) étant par définition infaillible.
Cette non vérification par la réalité laissant quand même parfois un doute dans des esprits inférieurs, le français a trouvé la parade infaillible : ne jamais contrôler les résultats  ! 
La politique d’économies d’énergie française a naturellement respecté ces principes nationaux : le contrôle à postériori n’est à peu près jamais prévu. Reconnaissons que l’expérimentation n’étant vraiment concluante que lorsque le temps de retour de l’investissement est passé, permettant de vérifier qu’on a bien « récupéré ses billes », contrôler la rentabilité d’investissements énergétiques ayant un temps de retour hors subvention de 40 ans (comme les chauffe eau solaires), demande qu’on s’arme de patience ! Et on a peu de chances de conduire la vérification à son terme.
Puisque le calcul est infaillible, il n’est pas même utile de faire les contrôles à priori possibles. C’est ainsi que dans les années 80 les premiers diagnostics de logements individuels partaient du principe que les usagers ne connaissaient pas leurs consommations, le logiciel calculant les économies théoriques engendrées par telle ou telle amélioration.  Mais il ne disait pas que répondre à l’usager surpris disant « mais les économies annoncées dépassent mes consommations actuelles !!! »  . 
Le D.P.E. a repris ce sage principe, avec une petite précaution : ce diagnostic s’appliquant lors des ventes, les consommations ne sont effectivement pas connues, et dépendront largement des modes de vie des occupants, antérieurs ou futurs ; mais indiquer ce que consommait le prédécesseur n’est pas forcément inintéressant à en juger par la réaction des acheteurs recevant cette information !
Le caractère virtuel des économies atteint son comble dans l’attribution des « certificats d’économies d’énergie » dont le bon peuple pourrait croire qu’ils récompensent des résultats... alors qu’ils entérinent des efforts faits pour les obtenir théoriquement . Ces efforts apportent évidemment à l’état de la TVA, des charges etc. Dans les années 80, de hauts responsables des services compétents me rappelaient parfois que l’effort public visait « aussi » à relancer l’industrie du bâtiment, les mines de charbon etc (en fonction de la politique du jour) : un mauvais esprit remplaçerait « aussi » par « uniquement »...
Certes les résultats dépendent des comportements. Mais on ne peut faire abstraction de ceux-ci si on veut vraiment faire des économies ; et éviter de constater  comme nous le fîmes qu’un gros programme de doubles vitrages n’avait engendré aucune économie faute d’avoir re-réglé les régulations, l’ouverture des fenêtres corrigeant efficacement les surchauffes engendrées ! 

  
L'ermite de Mars

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