VU DE MARS

Le point de vue de l'ermite de la planète Mars.

La classe est surchauffée : 26° sur mon thermomètre. La classe voisine aurait la même température si les fenêtres n’étaient grandes ouvertes. L’explication du préposé est évidente : « il faut ça pour avoir 18° dans la dernière classe » ! Et s’il a un vernis de compétence il ajoutera « c’est un problème d’équilibrage » ; en ajoutant éventuellement « c‘est d’origine ».
C’est parfois le cas. Pourtant, dans leurs lycées professionnels, les futurs chauffagistes peuvent faire des équilibrages sur de merveilleux montages école truffés de prises de pression et de vannes d’équilibrage. Mais ces installations, et les logiciels d’équilibrage qu’éditent les fabriquants de ces matériels, sont aussi proches des possibilités quotidiennes sur le terrain des chauffagistes de base que les technologies d’arrimage spatial des activités habituelles d’un paysan bengali.
Même si par extraordinaire l’équilibrage a été fait à l’origine en utilisant les simples tés qu’on trouve presque toujours (presque…), je viens de comprendre enfin (après 30 ans d’expertises !) que le dit équilibrage n’avait aucune chance de survivre… à la première opération de peinture. Car les peintres, pour repeindre radiateurs et parois voisines, démontent les radiateurs en utilisant toujours le té de réglage pour fermer le réseau sans le vidanger ; en rouvrant ensuite les tés d’un nombre de tours aléatoire ! Obtenir que soit au démontage noté le nombre de tours (ailleurs que sur la paroi à repeindre !) est évidemment utopique !
Il existe pourtant une technique que nous appelons « la méthode du gendarme » pour l’avoir essayée dans toutes les gendarmeries d’un groupement départemental. Elle consiste à contrôler chaque matin la t° de chaque pièce, et d’ouvrir d’UN QUART DE TOUR (jamais plus ) les tés des pièces trop froides en fermant d’autant ceux des pièces trop chaudes. Il fut démontré que ce rééquilibrage fit gagner plus de 10% de chauffage aux pandores en question.
Encore faut-il que les tés ne soient pas grippés, et que le réseau ne soit pas bouché par des bouchons de boue obtenus par injections répétées d’eau neuve dont l’oxygène se combine avec le fer des tuyauteries tandis que le calcaire se dépose. Cet « embouage » se contrôle en analysant l’eau du réseau. Les chauffagistes procèdent souvent avant de changer une chaudière à un désembouage (débourbage) violent obtenu en envoyant de l’acide, en le laissant quelques jours (ou heures) puis en faisant une chasse sous pression. Malheureusement, ce traitement décroche souvent partiellement les bouchons qui finissent de se décoller pour venir d’un coup dans les tubulures de la nouvelle chaudière, entraînant le claquage d’icelle. La solution est le désembouage lent qui collecte au fil des mois les boues décollées en douceur dans un pot de décantation. On peut alors passer à l’équilibrage.

 

L'ermite de Mars

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